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dimanche 13 septembre 2009

Uno


* You could have been number one
And you could have ruled the whole world
And we could have had so much fun
But you blew it away *

Y'a des jours comme ça où tout va pour le mieux
où tout va tellement bien que ça court dans mes sourires
ça grésille dans mon corps
ça sort par tous mes pores que ça va, cette fois ça va, c'est incroyable, incroyable comme ça va et que j'ai besoin de dire que ça va.

Je me suis levée sous le soleil, dans les étoiles de mon grand lit et ça se sentait déjà que cette journée serait de celle où tout est dans l'ordre, tout s'enchaine sans heurt, comme si on avait enduit toutes les minutes de gelée royale.

J'ai pris un english breakfast, des oeufs et du porridge, et mon café était bon. J'ai écouté de la musique, j'ai travaillé, j'ai lu un livre que j'ai vu chez toi, je me suis renversée sur mon canapé et j'ai ri, j'ai ri comme la dernière fois face au ciel, j'ai ri en voyant toutes les possibilités, toute ma liberté qui défonçait mon plafond, pulvérisait tout, j'ai ri de tout le poids qui s'envolait comme des plumes, j'ai ri de mon tsunami de liberté, j'ai ri parce que c'est rare de rire autant, tant que ça en devient douloureux, effrayant toute cette joie qui déferle d'on ne sait où, j'ai ri, j'ai ri à en pleurer.

Y'a des jours comme ça, j'ai trop d'amour pour moi toute seule, des jours où je voudrais courir dans la rue pour dire que je suis libre d'aimer qui je veux, monter sur les toits, surplomber la ville et lancer des marées de rires, des marées de soleil dans tous les recoins. Et ça fait mal à contenir, à restreindre, à garder, ça brule partout au dedans, ça force contre ma peau tant que j'ai peur d'exploser, peur de mourir de bonheur.

Y'a des jours comme ça que je voudrais te raconter.
Ce n'est pas quand je vais mal que tu me manques, pas quand je pleure ou que j'ai les cheveux gras, pas quand j'ai mal à déchirer les chairs. C'est pas quand j'ai besoin de toi que tu me manques le plus.
Non.
C'est là.
Dans ces moments d'exception, ces moments où je pourrais effacer tout ton gris, où je serais capable de tout, courir chez toi pour tout te dire, te raconter la beauté du monde et t'emmener courir avec moi, courir avec moi à l'autre bout du monde pour ne plus qu'on s'enlise, pour ne plus faire semblant d'aimer vivre comme ça, pour se saouler de toute cette vie-là qui m'est tombée dessus, pour la partager avec toi, pour tout te donner, te donner tout et te voir sourire en même temps que moi.

Y'a des jours comme ça où je voudrais sourire pour deux.

Alors je me dis
que c'est quand même un beau gâchis.

vendredi 11 septembre 2009

samedi 5 septembre 2009

Street stalker


* And I go out at six in the morning and start my search for you. If I've dreamt a message of a street or a pub or a station I go there. And I wait for you. *
Sarah Kane - 4.48 Psychosis

Les portes du métro s'ouvrent sur Miromesnil
je marche sur tes pas.
J'imagine frémissante ce que tu ressens chaque fois que tu es là
sur ce quai
harmonie / plénitude / bien être
Je me fonds dans ta peau et je sens ton sourire
la chaleur de ta paume sur la porte de sortie du métro.

Je marche sur tes pas, un pas sur chaque marche
Je plane entre ces magasins qui te sont familiers, plane comme tu planes quand ton reflet glisse sur les façades
Je vois ta silhouette comme incrustée dans les vitres
un fil d'Ariane au masculin
Il me suffit de
suivre ta trace sur le trottoir
suivre ta présence qui ne s'arrête pas
comme un fantôme sur les pavés de la rue de la Boétie.

Je marche sur tes pas au porche de l'immeuble
porte ouverte
le nom sur la boite aux lettres
mon coeur bat comme le tien
je transpire
regarde en haut
comme tu le fais à chaque fois
espère
comme toi autrefois
Je suis presque arrivée.

Je marche sur tes pas dans l'ascenseur
vois les étages défiler et confonds mon visage au tien.
Je me recoiffe.
J'ajuste mes vêtements.
Il fait
de plus en plus chaud.
Je pousse les battants en suffocant.

Je marche sur tes pas et me colle à sa porte.
Je sais qu'elle est là, derrière
je la sens vivre
harmonie / plénitude / bien-être
je la sans vivre dans mon manque.

Je marche sur tes pas
pour venir te dire au revoir
et laisse sur le paillasson mon amour propre et mon amour tout court.

mercredi 2 septembre 2009

Paul oh Paul, keep me in your closet...

Phrase du jour :

"Pour chaque passage de frontière, il y a un no man's land."

Alors maintenant ça va mieux.
Et ça va aller. Maintenant, ça va aller.

mardi 1 septembre 2009

Rétrospective (vieux truc)

Pour Paul.

J'ai cinq ans et des traces de dents sur les genoux.
Je viens de comprendre ce qu'est la mort. C'est une seule phrase : "Elle ne sera peut-être pas là, la semaine prochaine."J'ai cinq ans, et je comprends que je n'aurais jamais la certitude d'être là la semaine prochaine. Qu'il nous faudra tous continuer à prévoir / planifier / construire / sans savoir, que nous sommes si faibles qu'il suffit d'un rien pour que nous ne soyons plus là la semaine prochaine.

J'ai onze ans et je balance ma chambre contre le mur d'en face. J'attrape je lance j'attrape je lance j'attrape je lance. Le mur ne bouge pas. Sourd. Muet.
Et je me dis : si je suis seule face au mur, alors je ne serais sûrement plus là la semaine prochaine.

J'ai treize ans et mon corps fait un bond en arrière de trois siècles. Désintégré en poussière, je ne me suffis plus à tenir rassemblés tous les monceaux de cendres. Momie roulée sur le tapis, je suis muséifiée dans un sarcophage qui doit arrêter le temps. Et le temps s'arrête, dans mes os comme dans ma tête. Le temps s'arrête.
Et je me dis : si mon corps brûle et que je ne respire plus, alors je ne serais sûrement plus là la semaine prochaine.

J'ai quinze ans et je suis ouverte en deux sans qu'on m'ait demandé mon avis. Mes chairs pourrissent - ça vient de ce qu'on y a trifouillé là au dedans, d'une plaie purulente et invisible qui coule coule coule qui ne s'arrête plus de couler qui ne s'arrêtera jamais et continuera de me mouiller toujours. Le savon ne suffit plus à faire partir l'odeur. On me sent à des kilomètres : je dégoûte les gens et rends fous les vautours.
Et je me dis : si je suis déjà une charogne, alors je ne serais sûrement plus là la semaine prochaine.

J'ai seize ans et je coule tant que je finis par me noyer. On construit un radeau pour partir en hurlant, pour me figer sur place et fuir la contagion.
Et je me dis : si je suis incurable, alors je ne serais sûrement plus là la semaine prochaine.

J'ai dix-sept ans et je m'accroche au dos d'un homme que je ne quitterai jamais. Je regarde sa nuque mais c'est la mienne qui se brise en l'escaladant pour regarder de l'autre côté. Je dégringole et découvre que je ne serais jamais assez propre pour être retenue entre deux bras, qu'il faudra toujours des substituts pour combler le manque que je ne comble pas.
Et je me dis : si je ne peux pas suffire à l'homme que j'aime comme je n'aimerais jamais plus, alors je ne serais sûrement plus là la semaine prochaine.

J'ai vingt et un ans et je mords tout ce que je peux. Je mords le sable, je mords les fjords, je mords un ange, je mords la pluie, je mords des cigarettes, je mords la terre, je mords la pluie encore, je mords du plasma, je mords, je mords, je mords, tout ce qui bouge je mords, tout ce qui passe je mords. Et je finis par mordre le divan pour ne plus mordre à m'en casser les dents.
Et je me dis : s'il me faut déjà un dentier, alors je ne serais sûrement plus là la semaine prochaine.

J'ai vingt-deux ans et je suis foudroyée sur place. Ruisselante, édentée, colonne cassée, je courbe l'échine sous la tempête et vois de la peau partir en lambeaux.
Mais cette fois, je sais que je serai là la semaine prochaine.
Alors je mords mes genoux en attendant.
Alors je mords mes genoux.

jeudi 27 août 2009

In bed with Nana

Pour ceusses et celles qui souhaiteraient vivre en différé l'incroyable séjour de Jeannine, mon alter ego, à San Francisco, c'est maintenant possible grâce aux "résumés de Jeannine".

http://nanaswayoflife.blogspot.com/

Parce que "A post a day keeps the oblivion away", et que ça permet de prolonger les vacances.

jeudi 6 août 2009

Crise mystique


"Personne ne savait que Tante Mélie était en train de perdre la boule, que lorsque nous tournerions le coin de la rue elle fondrait en avant comme un renne, et mordrai un morceau de la lune. Arrivée au coin, elle fondit en avant comme un renne, et se mit à hurler : "La lune! La lune!" - et sur ces mots son âme rompit ses liens, et jaillit tout net hors du corps. Quatre vingt six millions de kilomètres à la minute! Là-haut, la-haut, vers la lune, et personne assez prompt de penser pour l'arrêter. Voilà comment ça arriva. Le temps d'un clignement d'étoiles."
Henri Miller - Le Tailleur


Henri Cartier Bresson est fort.

Je m'intéresse assez peu à la photographie : j'aime les regarder, apprécier leur côté esthétique ou les accrocher chez moi, mais elles me bouleversent rarement. L'image photographique reste une anecdote qui touche mon oeil mais pas le reste. Sans rentrer dans une analyse universitaire de vingt pages sur le sujet, je me contenterai de suivre la pensée de Francis Bacon lorsqu'il estime que la photographie, unidimensionnelle dans son essence même, ne saurait nous titiller au-delà de nos pupilles. Le système nerveux et la chair qui ressentent ne sont pas atteints.

Bref, voilà pour la caution intellectuelle ; je garderai le développement pour mon mémoire.

Toujours est-il que Henri Cartier Bresson est fort.
J'ai découvert un aspect de son oeuvre que je ne connaissais pas : les photographies "à la sauvette". Autrement dit, HCB - pour les intimes - ne compose pas : il n'arrange pas les personnages ou les éléments qu'il veut immortaliser. Il voit quelque chose et CLAC, il sort l'oiseau. Ou bien il attend des heures, l'oeil rivé sur son appareil, que quelque chose se passe. Et généralement, quelque chose se passe, quelque chose de magique. Ce quelque chose, ce peut être deux femmes en noir passant exactement sous deux sculptures de femmes en blanc, dans la même position, sur le fronton d'un bâtiment. Ce peut être un reflet étrange qui donne l'impression qu'une vue plongeante sur les arbres et en fait celle d'une mare. Ce peut être un homme endormi sous un dessin qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Le sourire d'un homme, le sourire d'une femme.

Ce que HCB photographie, c'est la magie du quotidien, la magie qui se trouve dans chaque instant et qu'il nous faut apprendre à voir. Ce n'est pas un tour de passe passe, HCB était juste là, à attendre que l'extraordinaire se manifeste. Et l'extraordinaire se manifeste constamment! Nous le verrions si nous n'étions pas étouffés par notre propre toute petite personne grisâtre, obnubilés par le bout de nos pied et le trou dans nos chaussettes. La merveille est là, le merveilleux est partout, dans toutes les compositions instinctives que prend la vie. HCP le dit mieux que moi : "C'est l'évènement par sa fonction propre qui provoque le rythme organique des formes." Un évènement se passe, et les conséquence, ou plutôt les preuves tangibles que cet évènement est là, présent, peuplent notre quotidien et le rendent plein de magie. Ce sont des signes qui ne trompent pas. Il existe un ordre des choses, des pistes magiques qui nous emmènent où nous devons aller.

Je suis assise à une table du Starbucks de la rue de la Roquette, le même que le 20 juin dernier avec le même Caramel Macchiato. Ce qui a changé? La bande sonore : Like Jane de Rodriguez. Piqure de rappelle pour me dire que non, c'est loin d'être fini, que la magie est là mais qu'elle a sûrement été utilisée à mauvais escient. Mais elle et là ; et le film que je vais voir quelques jours plus tard me le confirme. Oui, la vie est bourrée de hasards merveilleux auxquels je dois croire. Il y a des choses que nous devons faire, des êtres que nous devons aimer et les signes nous le rappellent : c'est une évidence. J'ai quitté des hommes que j'aimais encore parce que tout me disait que nous ne pouvions plus vivre de cette façon, que tout avait été construit sur la voie que nous avions prise et qu'il n'y avait plus rien à faire. Qu'il fallait trouver une autre voie. D'autres m'ont quittée mais tout me dit que nous n'avons pas tout vécu. Que reste-t-il? Du beau? Du laid? Je ne sais pas mais c'est là la magie de notre monde, et c'est elle que je veux.

J'ai essayé de laisser tomber ces idées et de flirter avec le sol, de ne penser qu'en termes de réseaux sociaux équilibrés basés sur des trocs d'amour au rabais auxquels on se laisse aller par paresse, "tant que ça marche". C'est peut-être un mode de vie ; ça ne peut pas être le mien. Moi, je veux continuer à croire à la magie et ce n'est pas parce que tu n'avais pas la bonne potion que je dois cesser d'y croire. Je veux, moi aussi, saisir la magie à bras le corps et la savourer. Cette magie existera pour moi. La vraie. Pas les ersatz d'amoureux en strass et paillettes qui m'ont intoxiquée avec leurs plumes synthétiques.

Alors je saute sur le marche pied et je m'envole à nouveau loin du bitume. Je m'excuse, je m'excuse auprès de ceux qui tiennent vraiment à moi et qui s'inquiète de mon fonctionnement, de ne plus jamais me revoir. C'est un choix. Aux éraflures des cailloux, je préfère les gifles des airs.

Et puis zut, ça m'embêterait de mourir sans avoir prouvé que j'avais raison. Sans avoir eu ma part de magie. Ca m'embêterait de mourir sans avoir eu raison.