Pages

vendredi 21 novembre 2014

4.48 Psychosis - Sarah Kane

Une petite citation parce que ça faisait longtemps et qu'il faut bien LOLer parfois.

It wasn't for long, I wasn't there for long. But drinking bitter black coffee I catch that medicinal smell in a cloud of ancient tobacco and something touches me in that still sobbing place and a wound from two years ago opens like a cadaver and a long buried shame roars its foul decaying grief.

A room of expressionless faces staring blankly at my pain, so devoid of meaning there must be evil intent.

Dr This and Dr That and Dr Whatsit who's just passing and thought he'd pop in to take the piss as well. Burning in a hot tunnel of dismay, my humiliation complete as I shake without reason and stumble over words and have nothing to say about my "illness" which anyway amounts only to knowing that there's no point in anything because I'm going to die. And I am deadlocked by that smooth psychiatric voice of reason which tells me there is an objective reality in which my body and mind are one. But I am not here and never have been. Dr This writes it down and Dr That attempts a sympathetic murmur. Watching me, judging me, smelling the crippling failure oozing from my skin, my desperation clawing and all-consuming panic drenching me as I gape in horror at the world and wonder why everyone is smiling and looking at me with secret knowledge of my aching shame.

Shame shame shame.
Drown in your fucking shame.

Inscrutable doctors, sensible docctors, way-out doctors, doctors you'd think were fucking patients if you weren't shown proof otherwise, ask the same questions, put words in my mouth, offer chemical cures for congenital anguish and cover each other's arses until I want to scream for you, the only doctor who ever touched me voluntarily, who looked me in the eye, who laughed at my gallows humour spoken in the voice from the newly-dug grave, who took the piss when I shaved my head, who lied and said it was nice to see me. Who lied. And said it was nice to see me. I trusted you, I loved you, and it's not losing you that hurts me, but your bare-faced fucking falsehoods that masquerade as medical notes.

Your truth, your lies, not mine.

And while I was believeing that you were different and that you maybe even felt the distress that sometimes flickered across your face and threatened to erupt, you were covering your arse too. Like every other mortal cunt.

To my mind that's betrayal. And my mind is the subject of these bewildered fragments.

Nothing can extinguish my anger.

And nothing can restor my faith.

This is not a world in which I wish to live.

vendredi 14 novembre 2014

Haï-court

* un chuchotement *

J'écrivais avant avec des verres brisés
dont l'un d'eux s'est fiché au dedans de ma tête
tu as tout recousu avec le fil de ton sourire
mais le verre, lui, est resté là
et je crois bien
que ton fil s'y coupera.

vendredi 13 juin 2014

La corde en moins.


J’ai que cinq cordes à ma guitare
L’une d’entre elles a pété il y a cinq ans maintenant
C’est bête
J’aurais du la changer mais je n’ai jamais pris le temps
Ou alors, je n’ai pas eu le courage
Parce qu’elle faisait partie du même jeu que les cinq autres
Elles avaient toujours joué ensemble
Je ne me sentais pas de les séparer
Il aurait sans doute fallu tout changer
Repartir à zéro
Peut-être tout réapprendre
Mais il faut de la patience pour assouplir un nouveau jeu
Et je m’étais attachée à elles
On avait fait de belles choses ensemble
Des chansons, des reprises qui font rire
Je les avais grattées, tapées, pincées
Caressées, triturées – je crois même les avoir mordues
Enfin bref
J’avais presque tout passé sur elle
Et voilà - une corde qui lâche.

J’ai d’abord voulu la nouer pour ne plus qu’elle tremble quand je jouais des autres
Mais elle ne s’est pas laissé faire
A la première fausse note, elle m’a sauté en plein visage
A croire que ça ne lui plaisait pas.

J’ai hésité à la couper
Mais je n’ai jamais pu y arriver
Je n’ai pas assez de force pour ça.

J’ai essayé de l’ignorer
Mais c’est la corde la plus grave
Celle qui est la plus proche de moi
Celle qui s’agite devant mes yeux.

Et aujourd’hui
J’ai que cinq cordes à ma guitare
Depuis que l’une d’elles a pété, il y a cinq ans déjà
Et au bout de cette corde, il y a un petit bout de moi
Qui a pété en même temps

Alors j’ai appris à jouer avec une corde en moins
Maladroitement
Et puis après, on s’habitue
A une autre tonalité
A jouer des airs brisés
Ils sont brisés mes airs
Mais au moins je les chante
C’est toujours mieux que le silence.


vendredi 12 octobre 2012

La science des rêves




* Qu'il est long le chemin, qu'il est long le chemin pour ne plus toucher terre *

Voici l’histoire d’Adèle.

Adèle avait un jour construit autour d’elle un mur d’airbags avec des coussins d’air. L’idée lui était venue après un long jour de tempête de plusieurs années : l’orage assourdissant lui avait brûlé les tympans, et le vent en soufflant l’avait projetée contre des murs de briques, lui égratignant la peau. A la fin de cette journée interminable, elle était rentrée chez elle, trempée, le visage ruisselant, les cheveux emmêlés, et dans la bouche un gout de sang. « C’en est trop », s’est-elle dit en se voyant dans le miroir. Alors, pour se protéger des intempéries, elle a commencé à gonfler des coussins d’air avec une pompe à vide. Elle a ensuite cousu entre eux ces doux cubes transparents et a formé autour d’elle une citadelle confortable qui la suivrait partout.

Tout cela a coûté à Adèle quelques mois de travail, mais quand elle est sortie finalement, elle était enfin totalement hermétique aux changements du temps. Elle appréciait le silence dans la rue et se laissait ballotter par le vent en souriant. Elle pouvait enfin se mêler à la foule sans craindre d’être bousculée et les visages des gens qui l’effrayaient parfois avant ne lui faisaient plus peur : derrière sa barricade de vide, le monde entier paraissait différent. Le voile brumeux du plastique déformait les silhouettes et floutait les regards même les plus perçants. Ses airbags plein de vides la protégeaient de tout.    

Mais ce qu’Adèle ne savait pas, c’est qu’il n’y pas de combustion possible dans le vide, pas d’oxygène à enflammer et pas de chaleur à produire. Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est que le son non plus ne s’y propage pas, et qu’il fallait dans son univers dire adieu aux voix et aux notes de musique. Avec tout ça, Adèle a commencé à avoir froid – et puis à s’ennuyer aussi.

Elle s’est assise sur un banc pour y regarder les passants et peut-être y attendre un signe. « Si quelqu’un me sourit », s’est-elle dit, « j’enlèverai peut-être une bulle ». Ou encore : « Si je vois un arc en ciel, je pourrai en conclure que la pluie est finie, et que je peux sortir quelques heures ».

Mais Adèle avait oublié que toute sa vue était brouillée par le plastique trouble. Adèle avait oublié que pour elle, les sourires n’étaient plus qu’un vague trait sombre sur les visages des passants et que les arcs en ciels étaient si pales qu’ils se confondaient aux nuages.

Adèle a attendu cent ans que quelque chose se passe, sans que jamais rien n’arrive. Mais le jour de son millénaire, une boule acide est remontée dans sa gorge pour éclater en un fou rire amer. Les éclats de son rire sont allés se planter directement dans ses millions de coussins d’air qui ont tous explosé simultanément. Cette réaction en chaîne a provoqué une bourrasque et le vent s’est engouffré dans sa forteresse devenue un long tube plein de trous.

Et puis, Adèle a disparu.

On l’a cherchée longtemps dans les arbres, sous le banc, mais c’est bien plus loin qu’Adèle s’est envolée. Je l’ai vue la semaine dernière, en apesanteur entre les étoiles, faisant pousser des nébuleuses en plantant sur des météorites de la poussière interstellaire. Elle a refait se vie dans l’espace sidérant et a aménagé son univers dans l’univers. Elle s’est taillée des draps dans de la matière noire, et se couche tous les soirs sur la face cachée de la Lune. Adèle s’est envolée avec tout ce qu’elle contenait de trop grand pour notre petite Terre. Mais je ne suis pas triste, non : je sais qu’à présent Adèle s’expand au rythme du système solaire et qu’elle ne songe plus à s’abriter des explosions. Elle en recueille au contraire les débris pour modeler de nouvelles planètes et permettre à tous ceux restés en bas là-bas de se construire de nouveaux rêves. 

lundi 21 mai 2012

Virtu-elle



Excuse-moi si  tu ne m’entends pas ou si tu crois que je ne t’écoute pas. Pourtant, j’essaye de parler fort. Et excuse-moi aussi si je souris un peu trop poliment en hochant la tête, en riant à tes blagues et que tu n’y crois pas toujours – j’ai un peu perdu l’habitude. Je prends exemple sur quelques pubs que j’ai vues aujourd’hui, mais ça ne fait pas très sincère – si ? Excuse-moi surtout si quand tu touches mon bras, ta main passe à travers, et si tu crois brasser de l’air. Ca m’arrive encore souvent – parfois. Il me manque encore de temps en temps quelques appuis pour rester connectée. 

Je n’ai pas eu une vie pourrie, loin de là. Ce n’est pas ça qui m’a mise dans cet état.  Mais il y a toujours eu chez moi un truc qui venait me grignoter, au creux du ventre, au creux de la tête, une bestiole qui s’en allait jamais. Elle avançait, elle grignotait tous les jours un peu plus et j’ai eu peur, par moments, qu’elle me fasse disparaitre vraiment. Qu’elle me grignote tellement qu’il ne resterait qu’un trou d’air, une silhouette découpée dans le paysage. Alors je passais des heures devant la glace, les mains sur le visage, pour m’assurer que j’étais toujours là. A vérifier mon nez, et puis mes joues et mes oreilles. 

Mais c’est la bête qui a gagné – et le processus de flétrissement est devenu progressif. 

J’ai commencé  à disparaitre à l’adolescence – probablement comme tout le monde. Et comme tout le monde, j’ai abandonné mes rêves un par un, et chaque fois que l’un d’entre eux tombait à mes pieds sur le plancher, je me dématérialisais un peu plus. Et j’ai fini comme tu me vois : virtuelle. 

Il a fallu que je me branche en réseau pour continuer à vivre : j’ai ouvert la Windows et je m’y suis jetée. Mes sensations sont devenues des courants électriques et mes paroles des lettres sur un clavier. Le seul moyen pour moi de continuer à exister. Mais je souriais bien sur les photos et c’était sans doute ça le plus important. 

Voilà. C’est tout bête, mais c’est pour ça. Je m’excuse si tu ne me vois pas, si je suis un peu floue. Et je m’excuse si je suis là, devant toi, sans rien dire, mais quand tu as fermé la fenêtre, c’est comme si la tempête s’était soudainement arrêtée. Et sans les bruits des processeurs, je me rends compte que je hurlais. Alors je me sens un peu bête avec ce cri suspendu dans le vent –tu me regardes, et je ne sais plus trop ce que je suis censée faire. Te sourire au risque d’être moche ? Te parler ? Et si les mots ne sortaient pas dans le bon ordre ? Si au lieu de te demander si ça va, je te disais « ASV » ? 

Et puis là, aussi, je ne sais plus trop contre quoi crier, alors que j’ai toujours envie. Et je ne sais pas pourquoi j’ai aussi mal alors que tout est calme. Je me dis que c’est des courbatures, sûrement, de tout ce temps passé à gueuler derrière mon écran. 

Je ne suis pas bien sûre, encore, d’être prête pour la vie. Mais si tu restes là, je veux bien essayer.

lundi 7 mai 2012

On the road again, again.



J’ai la tête appuyée sur la vitre du bus, comme d’habitude. Un casque sur les oreilles et les yeux sur la route, j’essaye de me confondre avec le gris du bitume. Ca fait plusieurs années maintenant que je roule comme ça, la pluie en guise de larmes, la clim pour oxygène, des paroles de chanson comme moyen d’expression. Ca fait plusieurs années maintenant que je vis en playback.

De l’autre côté de ma frontière de plastique, des formes bougent, colorées et floues. Elles scintillent doucement et se reflètent sur les pavés. Elles forment des monades de silhouettes qui se déplacent ensemble. Parfois, j’imite leurs gestes, murmure leurs mots, fais tout comme elles, pour m’imaginer une vie de rêve dans laquelle je descendrai du bus pour rentrer dans leur danse, attraper leur bras et marcher avec elles sur les trottoirs trempés. J’imagine aussi des amours éperdues, des grands moments tragiques qui terminent en étreinte, des rires, des passions. J’imagine que j’arriverai pour une fois à vivre pour de vrai. 

Pourtant, j’ai fait l’effort déjà, de sortir et puis d’être avec eux. J’ai ouvert la fenêtre, tout doucement, et certains sont venus. Et parfois même, arrivés près de moi, certains ont mis leur main ici, entre les gouttes, et je voyais un peu plus clair à l’extérieur. Alors je posais ma main à l’endroit de la leur et de la buée s’est formée autour de ce sandwich de peau. J’y ai vu un signe, à chaque fois. Alors j’ai ouvert ma fenêtre, encore un peu plus grand, et l’air m’a semblé beaucoup plus frais que ce que je croyais. Quand la buée s’est dissipée, j’ai vu des sourires que je ne reconnaissais pas. Et les doigts sur ma vitre sont devenus des griffes qui lacéraient mon plexiglas. J’ai fermé la fenêtre – trop tard, déjà rayée – mais la pluie avait déjà eu le temps de me gicler sur le visage. 

Alors voilà : ça fait plusieurs années maintenant que je vis en playback, pour que la vie reste une chanson, l’air de la clim et les larmes de la pluie. Les yeux fermés et la musique sur mes oreilles, j’imagine mes amants éperdus courant après mon bus et des moments tragiques qui terminent en étreintes. 

Ca fait plusieurs années maintenant que je n’ai plus ouvert la fenêtre.

Et puis sa main s’est glissée dans mon dos, a caressé ma nuque et emmêlé mes cheveux. Et tout ça sans que la pluie ne rentre. Il était là, lui aussi, assis à mes côtés depuis tout ce temps. J’ai décollé mon front de la vitre embuée, et j’ai vu le soleil à la place des ampoules. J’ai vu sur le pare brise une grande route qui s’ouvrait et mon bus qui filait sans jamais s’arrêter. J’ai vu les silhouettes grises sur les trottoirs, statiques, et j’ai vu son sourire comme un fil qui s’étire. 

Et son visage dans un soupir a fait fuir mes terreurs et remis de l’essence dans mon réservoir vide.

Joyeux anniversaire Nyamuk.

mardi 8 mars 2011

Rééducation


"C'est pas vous Madame, c'est mes matins qui craignent d'être inaptes à aimer."
Cyril Mokaeish - Folie quelque part


Je me suis réveillée hier d'un long coma de plusieurs mois. Reçu des coups, traumatismes, hémorragie interne, pas très belle à voir, tas de chair inerte abandonné sur le pavé. Plaies béantes, larmes, morve, suintante au dessus comme au dessous. Il m'a fallu tout ça, il m'a fallu tous ces mois pour simplement oser rouvrir les yeux. Voir la lumière. Voir que le monde tournait encore, malgré tout, malgré l'horreur.

Je me suis réveillée là, vidée, sucée et absorbée par de longs tubes qui se plantaient dedans mes bras, mon cou, ma tête, mon ventre. Trouée de partout, petit fromage un peu pourri, et fromage sous anesthésie. Mon corps entier ne respirait qu'à travers eux, mes muscles ne s'oxygénaient que grâce au va et vient des pompes à quelques centimètres de moi. Je me suis réveillée là, dans une vie qui n'était plus la mienne, que je ne connaissais plus - vie mécanique et en plastique. Factice. Et seule.

Il m'a fallu tout réapprendre, chaque geste un par un, chaque particule du quotidien. Réapprendre tout ce qu'on a toujours cru acquis. Respirer, cligner des yeux, manger, dormir, ouvrir la bouche, parler, sourire, aimer. Retrouver des automatismes, chercher dans les tréfonds de ma mémoire pour savoir que je savais - ou tout du moins que j'avais su.

Il m'a fallu me débrancher, d'abord, renoncer à cette alchimie qui embrumait ma tête et me faisait croire en eux, ces longs tubes dont j'étais dépendante à la moindre envie. Il m'a fallu accepter que je pouvais marcher sans eux, avancer sans eux, vivre sans eux. Il m'a fallu prendre conscience que cette chair oubliée était en fait la mienne et non la leur, qu'ils ne pouvaient pas la commander à ma place. Que je n'avais plus besoin de leur perfusion. Je me suis levée, battue, j'ai lutté, hurlé, pleuré pour qu'ils reviennent, rampé, crié encore, et puis je me suis tue - et soudain, le silence.

Le silence doux comme un cocon dans lequel j'ai retissé chaque fibre de mon corps.

Et je suis là, maintenant, chancelante, hésitante, debout. J'avance à petits pas, doucement, prudemment. J'avance sur les heures, j'avance sur les jours, avec la minutie des grands rescapés, un pied devant, puis l'autre, et l'autre encore et ainsi de suite. J'avance avec lenteur, concentrée, un peu effrayée à l'idée de me sentir m'écrouler au dessous de moi. Les bleus et puis les courbatures raidissent un peu mes membres et m'empêchent d'avancer avec la même aisance qu'avant, mais j'avance malgré tout. Furtivement, en cachette, pour que personne ne soit témoin de ma faiblesse. Tout doucement, j'avance. Je réapprends la vie comme on remonte sur un vélo. Maladroitement. Sans petites roues. Je repars à zéro.

Je suis
en rééducation cardiaque.
Et mon coeur peu à peu réapprend à aimer.

Alors ne m'en veux pas, vois-tu, ne m'en veux pas. Si ce sont tes yeux que je fuis, et tes tubes qui m'inquiètent, et ta présence qui me redestitue de moi tant elle rappelle mon handicap. Ne m'en veux pas, vois-tu, ne m'en veux, mais il me faudra rêver encore un peu de toi. Adoucir ma vision du monde. Arrondir mes angle. Réapprendre à ne plus me méfier de toutes les ombres autour de moi.

Car ce sont des poings que je sens derrière chaque caresse, des injures que j'entends dans toutes les belles paroles et du vice que je vois au fond de chaque pupille.

Reste encore un peu là, au creux de mon cerveau.

Ne m'approche pas maintenant.

En attendant, souhaite moi un prompt rétablissement.